Actualités - la COP15 et le choix de Richard Donwahi

En Côte d’Ivoire, la COP15 contre la désertification se dote d’un président empêtré dans un scandale de trafic de bois (Lemonde)


Publié le 13 Mai 2022 à 12:10
Source: Autres Sources
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Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration

Soutenu par Alassane Ouattara, l’ancien ministre ivoirien des eaux et forêts Alain-Richard Donwahi dénonce une « grotesque campagne d’intoxication ».

« Quel défi ! », s’est exclamé Alain-Richard Donwahi dans un bref discours de remerciements peu après son élection, sans adversaire et par acclamation des délégués, à la présidence de la quinzième session de la Conférence des parties de la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (COP15), à Abidjan.

Au lancement officiel des travaux de la convention, mercredi 11 mai, l’Ivoirien a pris le relais du ministre indien de l’environnement et du climat, Bhupender Yadav, pour une durée de deux ans. Sa désignation a été poussée par le président ivoirien, Alassane Ouattara, qui a loué, devant les représentants des Etats membres, les « compétences » et « l’expérience » de son ancien ministre des eaux et forêts… alors même que ce dernier est empêtré dans une affaire qui fait grand bruit en Côte d’Ivoire.

Alain-Richard Donwahi a été évincé du gouvernement lors du remaniement du 20 avril. Quelques jours plus tard, le mensuel Jeune Afrique révélait qu’une procédure judiciaire avait été confiée en janvier à la Cour de cassation pour faire la lumière sur un vaste trafic de bois précieux dont les ramifications remontaient jusqu’au cabinet de M. Donwahi, alors ministre. Son ancien chef de cabinet – un préfet – a été entendu et un exploitant de bois libanais réputé proche de l’ex-ministre a été interpellé puis incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, où il se trouve toujours. Celui-ci est notamment accusé de « déboisement sans autorisation du domaine forestier ».

« C’est ubuesque »


Début mai, le porte-parole du gouvernement a confirmé que l’Inspection générale d’Etat avait également lancé fin février un audit complet du ministère des eaux et forêts – une enquête dont les conclusions sont très attendues sur les bords de la lagune Ebrié. « Nous avons entendu beaucoup de choses malheureuses, malencontreuses à mon égard, des procès d’intention, des accusations. Il faut laisser la justice faire son travail », a déclaré M. Donwahi mercredi, rappelant que « quinze ministères sont audités cette année ».

Le 2 mai, il s’était déjà défendu dans un communiqué largement diffusé dans la presse nationale, dénonçant une « grotesque campagne d’intoxication » qui n’aurait pour objectif que de « salir [sa] réputation ». Lors de son discours à la COP15, mercredi, le président Ouattara a voulu dissiper les doutes en remerciant son premier ministre, Patrick Achi, d’avoir « libéré » le ministre des eaux et forêts « à l’occasion du dernier remaniement, dans la perspective d’occuper cette importante fonction ».

Mais c’est peu dire que dans le contexte de la COP15, qui fait de la Côte d’Ivoire la capitale mondiale de la lutte contre la désertification – causée en grande partie par la déforestation –, cette nomination crée des remous. « Cela m’inspire beaucoup d’inquiétudes », confie un responsable de la convention dans les couloirs du Sofitel Hôtel Ivoire, où se déroulent les conférences : « Ce n’est pas un bon signal alors que nous militons pour une bonne gouvernance. C’est ubuesque. »

« Des signaux contradictoires »

Cette désignation surprend d’autant plus qu’elle percute les défis environnementaux auxquels est confrontée la Côte d’Ivoire et qu’ont reconnus, ces derniers jours, les plus hauts responsables du pays. Lundi, lors du sommet des chefs d’Etat qui a lancé la COP15, le président Ouattara a rappelé l’urgence de la situation, alors même que le couvert forestier ivoirien est passé en soixante ans de 16 millions à 3 millions d’hectares – principalement à cause de la culture du cacao, dont le pays est le premier producteur mondial.

Pour restaurer ces terres dégradées, le chef de l’Etat a annoncé le lancement de « l’initiative d’Abidjan », un programme chiffré à 1,5 milliard de dollars sur cinq ans et dont la principale composante vise à lutter contre la déforestation. Plusieurs instances, comme la Banque africaine de développement et l’Union européenne, se sont engagées à financer ce projet.

« Les signaux envoyés sont contradictoires. La Côte d’Ivoire cherche activement des financements pour préserver ses sols et ses forêts, mais elle place à la tête de la COP15 un personnage dont la réputation est entachée précisément dans ces domaines sensibles », s’estomaque un diplomate européen. Les membres de la société civile présents à la conférence assurent qu’ils seront « vigilants » face aux éventuelles failles de cette présidence controversée et se disent prêts à faire pression.

LEMONDE Par Yassin Ciyow (Abidjan, correspondance) et Youenn Gourlay (Abidjan, correspondance)


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