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Face-à-face au palais présidentiel : Gbagbo– Ado, le happy end ou la suite du duel à mort ?


Publié le 27 Juillet 2021 à 13:30
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Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration

C'est le sujet du moment. Dans des rencontres frugales entre amis ou dans des salons feutrés des décideurs, tout le monde en parle : le face-à-face entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, dix ans après la douloureuse et meurtrière crise post-électorale qui a fait officiellement 3000 morts. Qui l'eût cru ? 

Certains, à la foi têtue, l'avaient envisagé, priant tous les dieux que cela arrive un jour. D'autres, pessimistes opiniâtres, n'y croyaient point du tout, sinon n'en voulaient pas tout simplement, faisant appel à tous les fétiches pour satisfaire leur vœu.

L'histoire leur donne tort. La rencontre, sauf cataclysme, est prévue pour ce jour. Les deux titans de la politique ivoirienne de ces trente dernières années vont se revoir ce mardi 27 juillet 2021 au palais de la présidence de la République à Abidjan-Plateau. Ils vont même se parler, reprendre le dialogue rompu depuis 10 ans.

Rappels historiques. Le tableau de ce face-à-face se présente comme suit. D'un côté le visiteur, Laurent Gbagbo, l'ancien président ivoirien, brutalement déchu du pouvoir le 11 avril 2011, sorti du sous-sol de la résidence présidentielle encore en fumée, intensément pilonnée par les hélicoptères de l'armée française.

Un Laurent fraîchement acquitté définitivement contre toute attente par la Cour pénale internationale (Cpi) après une huitaine d'années de procès, et qui continue de penser, un tantinet triomphaliste, qu'il est le vainqueur des élections de 2010. « Certains ont décidé de mettre Ouattara au pouvoir, mais pour le mettre au pouvoir, il faut que la place soit vide, donc de me dégager. Mais moi je me considère comme celui qui a gagné l'élection présidentielle de 2010.

Ça c'est évident ! Mais on ne va pas remonter le temps jusqu'en 2010, on ne va pas revenir en arrière », lâche l'ex-détenu de la prison de Scheveningen sur les antennes de France 24, courant juin 2021, quelques jours après son retour en Côte d'Ivoire. Un discours qui n'a pas manqué de renfrogner les mines dans les couloirs du palais présidentiel.

De l'autre côté, l'hôte, Alassane Ouattara justement, l'actuel président ivoirien déclaré vainqueur de la présidentielle de 2010 et qui a dû arracher le fauteuil à son prédécesseur dans la douleur et le sang, bénéficiant de l'appui sans calcul de la communauté internationale.

Un président qui s'est battu pour remettre le pays débout, qui veille jalousement sur son pouvoir et qui multiplie les actions pour accroître la confiance des Ivoiriens placée en lui. Un chef d’État droit dans ses bottes, et qui ne transigerait, pour rien au monde, sur sa victoire aux élections de 2010 ou encore pris à défaut sur sa gestion de la Côte d'Ivoire durant ses deux mandats.

Finalement, un capitaine qui croit dur comme fer avoir mis son bateau à flot et ne veut se laisser distraire par une quelconque vague. Ici, l'on pense que Gbagbo devrait avoir le triomphe modeste après son acquittement. Il devrait '' avoir du respect pour les 3000 morts de la crise post-électorale '' et s'engager dans le processus de réconciliation suivant les règles et conditions édictées par le pouvoir.

Deux leaders, deux visions différentes, sinon opposées, deux ressentis qui s'entrechoquent et se neutralisent. Finalement, deux personnalités que tout oppose.

La responsabilité des leaders. Vue sous cet angle, la rencontre de ce jour pourrait jeter les bases de règlement de comptes. Les espoirs qu'elle suscite voleraient ainsi en éclat, brisés par le vieux contentieux de 2010. Faut-il en arriver là et risquer de replonger la Côte d'Ivoire dans la spirale de violences et de crises interminables ?

Gbagbo et Ouattara vont-ils poursuivre le duel meurtrier qui les oppose depuis plusieurs décennies en dépoussiérant les vieux dossiers brûlants de leur opposition politique ? Où alors vont-ils amorcer à travers cette première rencontre la véritable réconciliation tant attendue par les Ivoiriens ? Une sorte de happy end attendue pour mettre définitivement fin à la sempiternelle crise ivoirienne. Les populations de Côte d'Ivoire retiennent leur souffle. Les partenaires internationaux observent aussi, craintifs.

C'est qu'à eux seuls, Gbagbo et Ouattara charrient les espoirs et les craintes de tous. Ils peuvent, soit décider de mettre le holà, faire tabula rasa du passé, et abattre de nouvelles cartes politiques dans l'intérêt supérieur de la nation ivoirienne, soit s'accrocher au douloureux passé, remuer le couteau dans la plaie et en ressortir le pus puant qui empesterait toute la cité. C'est à eux de voir, et c'est ici que leur pleine responsabilité se trouve engagée.

A un peu plus de trois ans des élections présidentielles de 2025, c'est maintenant qu'il faut régler les problèmes en toute responsabilité. D'où ce discours interpellatif de Pascal Affi N'guessan, président du Fpi, à l'occasion d'une cérémonie dédiée à la paix, le samedi 24 juillet 2021 à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix à Yamoussoukro.

« Je les supplie de donner une chance à la paix. Je les appelle à pardonner pour se réconcilier. Sans leur bonne foi, sans leur engagement résolu, la Côte d’Ivoire ne brisera pas les chaînes du passé », dira t-il, parlant de Bédié, Ouattara et Gbagbo qu'il appelle '' les trois Majors ''.

« Les trois ‘’Majors’’ le savent : leur avenir politique est largement derrière eux mais ils peuvent ensemble entrer dans l’histoire, consacrer leurs dernières énergies à la cause de la réconciliation nationale et de la paix afin de léguer à leurs successeurs une nouvelle conscience nationale, un nouveau cadre et de nouvelles règles du jeu institutionnel pour une Côte d’Ivoire démocratique et pacifique », renchérit Affi N'guessan.




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