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Guillaume Soro : « Je n’ai pas encore rencontré Laurent Gbagbo en tête-à-tête, mais le président Gbagbo et moi, nous nous sommes organisés pour nous parler »


Publié le 26 Septembre 2020 à 19:30
Source: avec afriksoir.net
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Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration

Guillaume Kigbafori Soro, président de Générations et Peuples Solidaires (GPS) était, le jeudi 17 septembre 2020, face à la presse internationale pour une conférence de presse à l’hôtel Bristol à Paris. L’intégralité des échanges.

Vous annonciez tantôt un certain nombre d’actions à mener pour l’ensemble de l’opposition ivoirienne. Vous avez, j’imagine, épuisé toutes sortes de recours auprès d’un certain nombre de juridictions. On sait qu’à Abidjan une condamnation est sur votre tête. Il y a aussi un certain nombre de procédures engagées contre vous. Aujourd’hui, le président Alassane Ouattara est, comme vous l’avez dit, dans un repli souverainiste. Qu’est-ce que vous comptez faire exactement, vous restez toujours à l’exil ou vous rentrez en Côte d’Ivoire ?  Il a été dit, un certain moment, que vous avez tenté de rencontrer le président Laurent Gbagbo chez lui, à Bruxelles ; Entre-temps, est-ce que vous vous êtes parlé directement ou indirectement ?

D’abord, la constitution interdit d’exiler un citoyen ivoirien. C’est par abus, par l’arbitraire que je suis en France. Je rentrerai en Côte d’Ivoire. Mon exil ne peut qu’être momentané.

Je n’ai pas encore rencontré Laurent Gbagbo en tête-à-tête. Mais le président Gbagbo et moi, nous nous sommes organisés pour nous parler.  

La plateforme EDS a appelé à manifester contre la candidature d’Alassane Ouattara et le rejet des autres candidatures. Est-ce que vous allez vous joindre à cet appel à manifester ? 

Vous avez écouté mon propos liminaire, nous nous mettons dans le sens d’une action concertée, dans le sens d’une synergie. EDS est une plateforme politique de l’opposition en Côte d’Ivoire qui travaille avec la CDRP et GPS, qui est notre plateforme. Donc nous allons nous mettre avec EDS pour mener toutes les actions nécessaires. Vous avez vu, j’ai demandé au peuple de Côte d’Ivoire, depuis les campagnes et les hameaux, de se mobiliser. Donc Il n’y a pas de problème, nous soutenons EDS dans sa démarche.

Qu’est-ce qui se passerait si l’élection a lieu quand même et que le président Alassane Ouattara était élu ?

Pour le moment, on n’en est pas là. Pour le moment, nous disons que Ouattara est inéligible et que le Conseil constitutionnel tombe dans la forfaiture et qu’il ne peut pas y avoir, dans ces circonstances, avoir d’élection en Côte d’Ivoire. Parce que pour nous, c’est clair, Monsieur Ouattara a fait ses deux mandats, il ne peut pas en faire un autre.  C’est terminé !

Est-ce que vous appelez à boycotter les élections ?

C’est la politique de la chaise vide. Ici, il ne s’agit pas de faire de la politique de la chaise vide ni de boycotter l’élection. Nous disons qu’il n’y aura pas d’élection. S’il y a élection, c’est que nous, on est dans l’élection. Je ne sais pas si vous voyez. C’est différent, c’est-à-dire que s’il y a une élection en Côte d’Ivoire, c’est que nous on est candidat. Donc il ne peut y avoir d’élection en Côte d’Ivoire. Ecrivez, dites Guillaume dit qu’il n’y aura pas d’élection en Côte d’Ivoire. Le scrutin n’aura pas lieu tant qu’on n’est pas candidat.

Est-ce que vous pourriez soutenir la candidature de Monsieur Bédié ?

Je vous dis que l’élection n’aura pas lieu. Sinon, Bédié et nous, on a un accord. Quand l’élection démocratique, transparente et inclusive que nous demandons, dans ma déclaration je l’ai dit, on va saisir la Cedeao, l’Union Africaine, l’Union Européenne, l’ONU pour que cette bonne élection ait lieu en Côte d’Ivoire. Vous savez que la Côte d’Ivoire est habituée à ces élections organisées avec le concours des Nations unies. En 2010, c’était le cas. Il y avait même un mandat de certification des élections dirigé par Monsieur Choi quand Ban-ki-Moon était Secrétaire Général des Nations unies. Donc ce n’est pas nouveau pour la Côte d’Ivoire. Donc quand l’élection aura lieu où Bédié est candidat, Gbagbo est candidat, moi-même je suis candidat, Mabri est candidat, Amon-Tanoh est candidat, tout le monde… On est tous candidats, celui qui vient en tête au premier tour se verra soutenu par les autres au second tour. Mais pour le moment, il n’y a pas d’élection.  Donc on attend qu’on vienne organiser la bonne élection.

Je vous dis que l’élection n’aura pas lieu. Sinon, Bédié et nous, on a un accord. Quand l’élection démocratique, transparente et inclusive que nous demandons, dans ma déclaration je l’ai dit, on va saisir la Cedeao, l’Union Africaine, l’Union Européenne, l’ONU pour que cette bonne élection ait lieu en Côte d’Ivoire.

Réconciliation, ça veut dire beaucoup de choses vous concernant, également par rapport à M Gbagbo, par rapport à votre action, etc. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus par rapport à cela ?

Je n’irai pas aux élections tant que M. Ouattara est candidat. Aller avec M. Ouattara à l’élection, c’est cautionner la forfaiture, c’est valider le coup d’Etat. Et c’est pourquoi d’ailleurs, aucun candidat, même retenu, ne doit accompagner Ouattara. Ouattara, son mandat est terminé. Le combat que nous engageons, ce n’est pas un combat pour la Côte d’Ivoire, c’est pour l’Afrique. Alors, si on permet à M. Ouattara de violer la constitution ivoirienne alors que la constitution dit qu’il n’a droit qu’à deux mandats, demain qu’est-ce qu’on pourra dire aux autres Chefs d’Etat, qui vont s’inventer des Républiques pour faire 3 mandats, 4 mandats, 5 mandats ? La situation est suffisamment grave en Côte d’Ivoire. Vous savez très bien dès que M. Ouattara a déclaré sa candidature pour le 3e mandat, la Guinée, voisine de la Côte d’Ivoire, le président aussi a décidé de faire un 3e mandat. Vous voulez qu’après ce soit le tour de la Guinée, du Burkina ? On retournerait aux présidences à vie.

Il faut que la communauté internationale comprenne que le combat pour la démocratie, quand, en 1990 après la chute du mur de Berlin en 1989, il y a eu le vent de l’Est comme on l’a appelé en Afrique, a mis fin aux partis uniques. Il faut que le combat que nous allons maintenant mener mette un terme aux présidences à vie et aux coups d’Etat constitutionnels. Ce que je dis, c’est d’autant plus important de le comprendre que M. Ouattara a été présenté comme quelqu’un de moderne, de civilisé, venant du FMI où on apprend à faire des élections démocratiques. Ce monsieur vient du FMI. On est surpris, à la limite, choqué, de voir qu’il veut faire un 3è mandat. Personne, ici, n’est dupe. Ce Monsieur, à plusieurs reprises, a déclaré qu’il ne fera pas de 3e mandat.

A moi-même à l’époque, numéro 2 de l’Etat de Côte d’Ivoire, il me l’a dit, Il l’a dit quand il nous a réunis, une seconde fois au sein de son parti, quand on faisait la réforme constitutionnelle qu’il lui était interdit de briguer un 3è mandat. Publiquement, il le dit. Et le lendemain, il veut faire un 3e mandat. Cela devrait être une réprobation générale. C’est inimaginable. Nous n’accepterons pas le 3e mandat de M. Ouattara. Que cela soit clair : Même si le Conseil constitutionnel vient à dire que je suis éligible – je sais que je le suis et c’est le Conseil constitutionnel qui est dans la forfaiture – Il n’est pas question pour moi d’accompagner M. Ouattara.

Qu’est-ce que vous entendez exactement par : « il n’y aura pas d’élection » ? Concrètement, est-ce que vous allez appeler vos partisans à descendre dans la rue, ou bien engager des actions séditieuses ? 

Je pense que dans toute chose, il faut être très méthodique. J’ai demandé aux candidats retenus ou non qu’on fasse une union. Si nous sommes tous d’accord pour descendre et manifester, je ne serai pas en reste. Il faut que cela soit très clair. D’ailleurs, les manifestations qui ont eu lieu, tout le monde a bien vu que GPS, mon mouvement, était à l’avant-garde. La preuve, je vous ai dit que 60 de mes proches sont en prison dont des femmes : Les seules femmes qui sont en prison en Côte d’Ivoire. Je voudrais m’étonner qu’on apprenne fortement aux agents du FMI à mettre les femmes en prison. C’est une première ! Il y a 5 femmes de GPS dont la dame Pulchérie Gbalet. Alors, on me demande si la Côte d’Ivoire est indépendante.

Je crois que c’est pour me charrier. Vous dites que j’ai écrit au Président Macron mais si les courriers que nous envoyons sont fortement médiatisés, il n’en demeure pas moins qu’on écrit au président de la Cedeao, au président de l’Union africaine et aux autres Chefs d’Etat en Afrique et même au secrétaire général des Nations Unies. Mes avocats sont là. Ils ont fait beaucoup de courriers à toutes les organisations que ce soit des Droits de l’homme avec des ampliations partout. Maintenant, nous savions que le Président Ouattara devant ses partisans disait qu’il était soutenu par la France, il faut dire les choses telles qu’elles sont. Nous savions qu’il venait en France. Pour moi, c’était une occasion pour attirer l’opinion française sur les risques encourus par votre président, première chose.

La deuxième chose, nous avons écrit au Président Macron pour attirer son attention sur l’éventuelle exploitation d’une audience avec Ouattara qui est désormais un candidat investi par son parti. Aux Etats-Unis, quand un pays est en élection, un an avant, vous n’avez plus droit aux visites d’Etat ou aux réceptions officielles. C’est une pratique, une tradition. Nous étions à 2 mois du scrutin, M. Ouattara s’est fait investir abusivement par son parti. C’était une erreur pour lui. Et il venait ici en France pour utiliser les images d’une audience ou un déjeuner largement diffusées pour aller faire campagne. Donc, nous avons essayé d’interpeller sur le fait.

Admettons qu’il y ait une élection, est-ce qu’on peut craindre une crise post-électorale ?

C’est de la politique-fiction maintenant.

Qu’est-ce que vous pensez du rôle de l’armée ?

Moi, je ne connais pas l’armée. Je suis dans l’arène politique donc cela ne m’intéresse pas.

Vous la connaissez très bien?

Oui, je l’ai connu, par ailleurs mais là, elle ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est l’arène politique.

De fait, il y a trois opposants, M. Bédié, M. Affi N’guessan et KKB qui sont qualifiés pour l’élection. N’y aura-t-il pas une opposition divisée entre celle qui veut participer à l’élection et l’autre ? Est-ce que le pouvoir ne réussit pas à vous diviser ?

J’ai eu le Premier ministre Pascal Affi N’Guessan au téléphone, Me Affoussy a parlé avec le président Bédié. J’ai le sentiment qu’il y a plutôt une disposition de l’opposition à dire que si ce Conseil constitutionnel a validé la candidature de M. Ouattara, envers et contre tout, en violant la Constitution, ce n’est pas les résultats de l’élection que ce Conseil constitutionnel, comme habité par le Saint-Esprit, se réveillera pour dire la vérité des urnes. Tout le monde est conscient que la liste des candidats est venue de la présidence de la République et parvenue au président du Conseil constitutionnel. Tenez-vous bien, le président du Conseil constitutionnel, M. Koné Mamadou, je le connais très bien. En 2005, je vous rappelle que c’est moi qui l’ai proposé au gouvernement en qualité de ministre de la Justice.

Et quand j’ai été nommé Premier ministre, je l’ai reconduit à son poste. Je le connais, je connais son niveau de langage et sans être juriste, ce que j’ai entendu la dernière fois est d’un niveau basique. Je peux vous dire, en l’écoutant, je me suis dit que ce n’est pas lui qui a écrit tout ça, ce n’est pas possible. Il nous a habitués à des choses magnifiques. Et puis, je le voyais suer à grosses gouttes, je me suis dit le supplice va être bien difficile. S’il n’est pas capable de dire que M. Ouattara n’est pas éligible, alors que toute la communauté nationale et internationale, depuis les États-Unis jusqu’en Afrique, dit qu’il n’a pas droit à un troisième mandat, ce n’est pas au soir du 31 octobre que M. Koné Mamadou sera habité par un courage extraordinaire pour dire que Ouattara n’a pas gagné l’élection. Sachez que M. Ouattara a déjà fixé le score de chaque candidat et il a choisi les candidats à dessein. Il s’est donné lui-même un score, à KKB son score et voilà.

Sachez que M. Ouattara a déjà fixé le score de chaque candidat et il a choisi les candidats à dessein. Il s’est donné lui-même un score, à KKB son score et voilà.

A mon avis, les choses sont plutôt claires pour nous et je suis convaincu que mon appel sera entendu par les candidats retenus. Ce qui est curieux là-dessus, c’est que comment pouvez-vous expliquer que M. Ouattara a été exclu en 2000 de l’élection présidentielle pour nationalité douteuse, moralité douteuse, et que ce soit lui qui exclut des Ivoiriens. C’est ce qu’on appelle ironie de l’histoire. Comment il explique cela demain, comment il explique cela à l’histoire, lui le banni d’hier qui exclut les autres ! Et il choisit un nombre de candidats à souhait. Il s’est choisi 3 candidats, c’est totalement ridicule. Je pense que M. Bédié avec qui nous parlons et M. Affi avec qui nous avons parlé, si vous constatez, le Pdci a déjà refusé de participer aux élections des Commissions électorales locales. C’est un indice et peut-être avec vos prières, je serai entendu.

Vous le savez, vous faites peur au régime en place et à certains leaders de l’opposition. C’est certainement lié à votre équation personnelle, aussi votre rapport personnel avec l’armée ivoirienne. Nous savons tous que vous avez été chef de la rébellion en Côte d’Ivoire. Est-ce qu’aujourd’hui, quand Laurent Gbagbo a écrit : « Tout ce que Soro Guillaume a obtenu, c’est par la force des armes. Le jour où il n’aura pas les armes, il ne sera rien. A côté de cela, le 5 décembre 2011, Laurent Gbagbo, lors de sa prise de parole à l’occasion de l’audience de sa présentation à la CPI, a dit ceci : « En Côte d’Ivoire, c’est celui a perdu les élections qui a intérêt à créer des troubles ». Quelles réflexions faites-vous de ces deux assertions du président Laurent Gbagbo et comment jugez-vous votre équation personnelle dans la situation socio-politique ivoirienne ?

Ce que je sais, sans armes, je suis allé à Arusha, j’ai gagné 2 décisions de la Cour africaine des droits de l’homme. Je peux vous dire que M. Ouattara qui a été exclu pour nationalité douteuse et pour moralité douteuse n’a jamais obtenu de décision de justice pour être candidat. Moi, j’ai deux décisions de justice et on veut m’empêcher d’être candidat, voilà. J’avais contre moi un Etat. Un individu contre un Etat et je peux vous dire que dans les coulisses, M. Ouattara n’a lésiné sur aucun moyen pour essayer de me faire mordre la poussière à Arusha, heureusement qu’il y avait des juges anglophones et bien d’autres qui ont dit le droit. Des juges qui ont eu plus de courage que M. Koné Mamadou. Je n’ai pas d’autres commentaires à faire sur la question.

J’ai pu parler à M. Laurent Gbagbo, je pense que c’est un pas important, je lui ai présenté mes excuses, ce que j’avais déjà fait publiquement. Je suis satisfait qu’il ait entendu mes propos de la façon la plus sincère et je souhaite que les fils de la Côte d’Ivoire se retrouvent.




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